J'ai lu le « texte collectif » paru dans l'Humanité du 13 décembre, intitulé « 2012 : pour un rassemblement sans effacement du PCF ». Après lecture, mon accord spontané avec le titre s'est mué en désaccord radical avec le contenu du texte.
Le raisonnement repose sur l'affirmation que l'élection présidentielle serait « le moment rare d'un débat fondamental sur le projet de société ». La prétendue évidence de ce postulat, accréditée par tous les thuriféraires de la Ve République (modèle 1958, révisé 1962) est également admise et réaffirmée sans discontinuité dans les rangs du PCF depuis l'élection présidentielle de 1974, quoique l'expérience faite en démente la validité. Cependant, en conséquence de la vérité dudit postulat, les signataires du texte en concluent que si le Front de gauche en arrivait à ne pas présenter à l'élection présidentielle de 2012 le candidat communiste, la présence communiste serait compromise, notamment lors des élections législatives organisées dans la foulée. Partant de cette prétendue évidence, le texte vise à discréditer la candidature de Jean-Luc Mélenchon au cas où les partenaires du Front de gauche retiendraient sa présentation en commun. Du coup l'évocation de la candidature possible de Mélenchon donne lieu à un florilège de qualificatifs qui dégoûteraient de voter pour lui n'importe quel militant ou électeur : « intronisé par les médias », porteur d'un « gauchissement du discours » reflétant un « gauchissement démagogique » des propositions, partisan d'un « ciblage clientéliste » assorti de « gesticulation », accusé de vouloir « récupérer de façon démagogique, pour la pervertir de façon réactionnaire, l'idée de réforme du système monétaire mondial », Mélenchon atteindrait finalement le comble de l'indignité en s'abandonnant au « populisme ». On recourt ici à la même fameuse qualification de « populisme » à propos de notre allié Mélenchon dont on affuble simultanément, aussi bien la fasciste Le Pen stigmatisant les musulmans de France que le démagogue en chef Sarkozy qui promettaient aux Français, qu'il allait en réalité plumer, de leur permettre de « gagner plus » ! Du coup, ma question est simple : si Mélenchon est ce qu'en disent les signataires du texte, que faisons-nous encore avec un tel partenaire dans le Front de gauche ? Ne vaudrait-il pas
mieux se préparer à mobiliser les 2 % d'électeurs qui auront entendu quelque chose des « élaborations novatrices portées par les communistes », à rallier sans phrase au second tour le/la candidat(e)du PS, comme on le fait régulièrement (sauf en 2002, pénible évocation !), puis à négocier, dans la contrition, le maintien de quelques sièges de députés à l'occasion des législatives ?
Deux mots à propos du prétendu « populisme » de Mélenchon. Le « prix populiste » couronnait naguère des œuvres littéraires de grande qualité dont nos Lettres françaises rendaient compte avec faveur. Qui oserait tenir les poèmes de Paul Fort, les romans d'Eugène Le Roy, de Louis Guilloux, de Bernard Clavel, de Jean-Pierre Chabrol et de nombre d'auteurs d'aujourd'hui, qu'on aurait qualifiés hier de « populistes », pour de vulgaires flatteurs du « mauvais goût » populaire ? Pourquoi reproche-t-on aujourd'hui à Mélenchon ce qui est admis de la part de Mordillat ? Non, ce n'est pas en raison de ses formulations que Mélenchon crève l'écran des médias mais en raison du courage public qu'il a montré en 2005 en se séparant du PS sur la question du référendum européen, puis en osant renoncer à une quasi-sinécure de sénateur à vie dans l'Essonne à la seule condition de persister à servir de caution de gauche à un Parti socialiste de plus en plus rallié au choix du FMI, aux règles mortifères du commerce mondial, à la politique d'austérité de la BCE, à la strauss-kahnisation de toute la réflexion économique dans les cercles huppés de la « fausse gauche », comme le disait audacieusement Georges Marchais, au grand dam des ralliés à la tonton-mania. Enfin, lors des délires antichinois qui ont submergé la France sarkozyenne à propos du Tibet, du dalaï-lama et des
JO de Pékin, Mélenchon a rédigé un texte salvateur, à propos de la révolution chinoise, qui a fait le tour de la planète et qu'on n'aurait pas moins apprécié s'il était venu de nos rangs.
Face au « texte collectif » qui nous est présenté, je vois au contraire une autre issue : sans taire les éventuelles différences d'analyse, élaborer soigneusement le projet commun et partagé qui renforcera le partenariat au sein du Front de gauche et permettra d'en élargir l'assise sociopolitique dans le pays autour de la candidature commune à la présidentielle. Et sur cette base préparer dans les meilleures conditions les élections législatives qui suivront, avec l'ambition de faire élire le plus grand nombre possible de députés du Front de gauche : j'avais cru comprendre que telle était l'orientation fixée par le dernier congrès du PCF, dont visiblement les signataires du texte en question paraissent n'avoir que faire !
Il n'empêche : c'est à partir de cette orientation qu'il nous faudra nous déterminer et nous rassembler. Et ce sont les militants, seuls, qui en décideront.
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