« Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » Etienne de La Boëtie, Discours de la servitude volontaire, 1549
Jeudi 28 octobre 2010 vers 20h30, l'UMP de la Mayenne organisait avec Xavier Bertrand une réunion-débat publique à Soulgé-sur-Ouette au sujet du « projet de loi portant réforme des retraites ». Après plus de deux mois de conflit, nous, des citoyens et des militants mayennais attachés aux principes de la démocratie et du débat contradictoire avons répondu favorablement à la proposition de l'UMP afin de débattre de la « réforme des retraites ». Ainsi voulions-nous porter au débat la proposition populaire défendue tout au long de ces longues semaines de grèves et de manifestations en France : la défense de la retraite à 60 ans pour tous, sans décote, taux plein après 37,5 ans de cotisation et pas de retraite inférieure au SMIG.
Une réunion pas si publique que ça...
A notre arrivée en ordre dispersé, nous nous sommes aperçus qu'un grand nombre de gendarmes, de fonctionnaires de la Police Nationale et de la DCRI étaient présents aux abords de la salle. A l'intérieur, une quinzaine de membres du « Groupement de Protection » (GP) de l'UMP filtraient les entrées en n'acceptaient uniquement que les militants et les élus UMP. Trois d'entre nous ont expliqué qu'ils pensaient que la réunion-débat était publique et ont alors pu entrer sous le regard bienveillant d'une militante de l'UMP mayennaise. Déjà une quarantaine de militants et d'élus UMP (Norbert Bouvet, Marie-Cécile Morice, Jean-Michel Faguer, Samia Soultani-Vigneron, Jean-Christophe Béchu) ainsi que la presse (France Bleu Mayenne, Courrier de la Mayenne, Ouest-France et un journaliste freelance) étaient présents.
Dès que nous nous sommes assis à l'intérieur de la salle, un fonctionnaire de la police ou de la DCRI et par la suite le maire de la commune nous ont demandé ce que nous comptions faire dans cette réunion-débat et nous leur avons répondu que nous souhaitions débattre publiquement avec monsieur Bertrand. Nous avons donc patiemment attendu le début de la réunion.
Filtrage au faciès et contrôles des cartes UMP... et une salle aux deux-tiers vide...
Mais rapidement, alors que madame Soultani-Vigneron s'exprimait en termes élogieux devant une salle aux deux-tiers vides et un parterre d'élus UMP relativement limité, des membres du service d'ordre de l'UMP (le GP, décrit à nous par un de ses membres lui-même comme « Milice de l'UMP »), nous ont, sans raison, pressé physiquement et intimé l'ordre de sortir de la salle. Nous avons alors fait valoir notre bon droit, sommes restés assis puis la pression physique s'est quelque peu relâchée. Au même moment, nous voyions qu'à l'entrée de la salle, le filtrage à la carte se doublait d'un filtrage renforcé au faciès. Ainsi une vingtaine de personnes triées sur le volet ont-elles pu entrer tandis qu'une trentaine de citoyens pacifiques dont six de l'UMP ont définitivement été refoulés à l'entrée par un service d'ordre peu accommodant voire tout à fait hostile. Et, ce avec un important renfort de policiers en civils et de gendarmes dont quelques gendarmes mobiles.
La vérité bâillonnée dans un tissus de mensonge et de mauvaise foi...
A la fin du discours de monsieur Béchu proclamant sans aucune gêne que « La réforme est bénéfique à ceux qui ont moins de 40 ans et pour les générations encore à naître », le GP a saisi sans raison l'un d'entre nous, Ronan, pour l'exclure violemment de la salle au seul motif qu'il avait applaudi l'arrivée triomphale de monsieur Bertrand sur scène. Katell, ma voisine, et moi-même avons protesté et sommes restés assis en demandant le respect de nos droits fondamentaux. Puis nous avons demandé l'intervention des élus présents que nous connaissions (Norbert Bouvet et Jean Michel Faguer) pour que cessent ces violences physiques car nous souhaitions rester pour assister au débat avec Xavier Bertrand !
Et pourquoi pas un petit outrage pour nous faire taire ???
Puis voyant ma volonté de rester assis en criant au GP « lâchez-moi, merde ! », un fonctionnaire de police en civil accompagnant monsieur Bertrand est intervenu et nous a intimé l'ordre de sortir... ce que nous avons catégoriquement refusé. Un dialogue incroyable s'est alors installé : il m'a répété à deux reprises « Monsieur ne m'insultez pas » et « Monsieur vous m'insultez » sans que je prononce un seul mot insultant puis il m'a menacé d'un « attention monsieur si vous n'arrêtez pas, vous allez commettre un outrage à fonctionnaire de police dans l'exercice de ses fonctions !»
Ce à quoi j'ai répondu et « moi je suis, fonctionnaire de l'Education Nationale. De quel droit me menacez-vous. Je n'ai rien fait et j'ai des témoins pour prouver ce que je dis... Regardez autour de vous ! ». Effectivement l'assistance était médusée et la presse avait enregistrée la scène.
La démocratie version UMP c'est « ferme ta gueule » ?
Katell et moi sommes donc restés tremblant de peur et assis sous bonne garde au fond de la salle. Après 10 minutes de flottement, Xavier Bertrand est monté triomphalement à la tribune et a commencé à fustiger les manifestants et les perturbateurs qui ne comprennent pas la « pédagogie » du gouvernement. Le service d'ordre s'est alors collé davantage à nos sièges respectifs et lorsque Monsieur Bertrand nous a expliqué avec « pédagogie » que la réforme était votée et que « La réforme est acceptée par les Français car il y a une majorité silencieuse qu'il faut respecter » et que « seule la démocratie parlementaire est à même de décider car le parlement défend le gouvernement », nous nous sommes levés et avons protesté que « la démocratie c'est le pouvoir du peuple » nous avons été saisis et sortis manu militari à l'arrière de la salle où, nos amis citoyens, rejoins par un adhérent UMP ému de n'avoir pas pu entrer, nous attendaient, maintenus à distance par un cordon de gendarmes...
Conclusion : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libre ! » Etienne de La Boëtie,
Discours de la servitude volontaire, 1549
En conclusion, nous avons pu assister à une démonstration en direct de ce qu'est le régime Sarkozy : Un parti croupion aux ordres d'un maître aux abois ! Un régime délégitimé ne supportant aucune contradiction et ne tenant que par l'usage de la force ! Un régime où un parti et sa milice dirigent l'Etat ! Un régime qui méprise son peuple en abusant de la force publique et du pouvoir judiciaire pour le plus grand profit de l'oligarchie ! Un régime illégitime que l'on ne peut plus respecter !
Morgan LEGAY
Dans les luttes
Un jour, un grand incendie se déclare dans la forêt...








